Héritiers d’un siècle d’amour et de vigilance – Acteurs d’une époque – Passeurs des valeurs apprises et transmises

Introduction
Cet article reflète plus l’esprit de l’association qu’une simple énumération historique.
Les Calanques n’ont jamais été sauvées par une institution seule, mais par une succession de femmes et d’hommes qui ont refusé leur banalisation, leur intégration dans le cadre ordinaire du développement de la cité.
Les Calanques n’ont pas attendu la création du Parc national pour être aimées, parcourues et protégées.
Depuis plus d’un siècle, des générations de femmes et d’hommes – pêcheurs, excursionnistes, scientifiques, grimpeurs, naturalistes, artistes, habitants et simples amoureux des lieux – se sont mobilisées pour préserver ce territoire exceptionnel face aux nombreuses menaces qui ont pesé sur lui.
Cette histoire est avant tout celle d’un attachement profond à des paysages uniques, mais aussi la conviction que la protection des Calanques ne peut se résumer à une opposition entre la nature et les activités humaines. Les Calanques sont un patrimoine vivant, façonné par la rencontre permanente entre des milieux naturels remarquables et les femmes et les hommes qui les fréquentent, les connaissent et les transmettent.
C’est dans ce contexte qu’est née, en 2009, l’association Des Calanques et des Hommes, devenue par la suite Des Calanques, des Femmes et des Hommes, alors que s’ouvrait le débat sur la création du futur Parc national des Calanques.
Ses fondateurs partageaient une même conviction : la protection des Calanques ne pouvait se construire durablement sans reconnaître les usages, les savoir-faire et les héritages culturels qui, depuis des générations, participent à la préservation de ce territoire.
À cette occasion, Barney Vaucher rédige, à la demande des fondateurs, un texte intitulé Calanques, un siècle d’amour et de vigilance. Cette plongée dans l’histoire des Calanques lui donnera ensuite l’envie d’approfondir ses recherches et conduira à la publication, en 2012, d’un ouvrage retraçant plus d’un siècle d’engagement citoyen en faveur de leur protection.
Ce texte propose quelques repères pour raconter cette histoire, qui dépasse largement celle d’une simple association. Une histoire de transmission, de vigilance et d’attachement à un territoire exceptionnel, dont chaque génération devient à son tour dépositaire.
Une histoire plus ancienne que nous (1897-2009)
L’histoire des Calanques ne commence ni avec le Parc national, ni avec notre association.
Depuis plus d’un siècle, des femmes et des hommes issus d’horizons très différents se mobilisent pour préserver ce territoire exceptionnel. Ils ont progressivement construit une véritable culture de la vigilance.
Très tôt, une conviction commune s’impose : la beauté et la singularité des Calanques constituent un patrimoine fragile qui mérite d’être protégé.
Dès 1910, un vaste mouvement citoyen se met en place pour sauver les Calanques des projets d’exploitation industrielle. Plus de soixante groupements locaux, représentant des milliers de personnes, se rassemblent autour d’un comité de défense des Calanques. Pêcheurs, sociétés nautiques, associations touristiques, scientifiques et excursionnistes unissent alors leurs voix pour préserver ces paysages exceptionnels.
Cette mobilisation ne portera ses fruits que bien plus tard. Port Miou sera sacrifiée sur l’autel de la production industrielle du savon de Marseille (extraction de granulats afin de produire de la soude) Mais En Vau sera épargnée. Après plusieurs années de démarches, En-Vau et Port-Pin seront finalement classées en 1936, marquant une étape importante dans l’histoire de leur protection.

Manifestation du 13 mars 1910 afin de s’opposer à l’industrialisation des Calanques.
Mais les menaces ne disparaissent pas. Pendant plusieurs décennies, de multiples projets dont une route destinée à ouvrir les Calanques au développement touristique reviendront régulièrement dans le débat public. Face à ces projets, le monde associatif, les Excursionnistes Marseillais, le Club Alpin et, plus tard, le COSINA poursuivront leur action avec constance.
Lorsque l’association Des Calanques et des Hommes voit le jour en 2009, elle ne part donc pas d’une page blanche. Elle s’inscrit dans cette longue chaîne de transmission où chaque génération hérite d’une lourde responsabilité : préserver l’esprit des lieux tout en préparant leur avenir.
Quelques dates :
1897 : création des Excursionnistes Marseillais.
1910 : Mobilisation pour éviter l’industrialisation de Port Miou
1923 : mobilisation pour préserver En-Vau.
1936 : classement d’En-Vau et Port-Pin.
1942-1967 : abandon progressif des projets de route traversant les Calanques.
1967 : création du COSINA – permet le site classé
1992 : Création d’Union Calanques Littoral – Incitation forte à la création du PNC

En Vau et son débarcadère – que les frères Azémas (les fils de Yves) ont contribué à faire disparaître. Bien avant la création du Parc national, les Calanques étaient déjà des lieux de découverte,de partage et de transmission.
En Vau et son débarcadère
Le bar de Port Pin
Les Calanques ont longtemps été des lieux de vie populaires où se croisaient pêcheurs, excursionnistes et amoureux des lieux.


Première version de l’abri Azémas
Modeste et discret, l’abri Azémas est devenu au fil des décennies un symbole de la mémoire des Calanques.
2009 : une association naît au cœur du débat sur le futur Parc national
En 2009, le Groupement d’Intérêt Public (GIP) des Calanques, chargé de préparer la création du futur Parc national qui verra le jour en 2012, annonce la création de vastes réserves intégrales sur les falaises maritimes.
Pour les grimpeurs, c’est une consternation : plus de la moitié des falaises maritimes des Calanques pourraient devenir inaccessibles. Mais, au-delà de cette menace, c’est la méthode qui les interpelle.
Au sein des réunions préparatoires, peu de voix s’élèvent ouvertement. Face à des élus et des institutions fortement investis dans le projet, beaucoup d’acteurs historiques hésitent à prendre l’initiative d’une contestation publique, de peur d’apparaître comme opposés au futur Parc national.
Par ailleurs, aucune des grandes structures présentes sur le territoire – clubs, fédérations ou associations historiques – ne semble alors en mesure de fédérer l’ensemble des autres acteurs. Les histoires respectives, les sensibilités différentes et parfois d’anciennes rivalités rendent cet exercice délicat.
L’idée émerge alors de créer une structure nouvelle, sans passif et sans prééminence sur les autres, capable de rassembler largement autour d’un objectif commun.
Si le mouvement est initialement lancé par des grimpeurs, directement concernés par les réserves intégrales, son ambition dépasse immédiatement cette seule communauté. L’objectif est de fédérer l’ensemble des activités douces de pleine nature et toutes celles et ceux qui considèrent que les Calanques ne peuvent être pensées sans les femmes et les hommes qui les fréquentent, les connaissent et les aiment depuis des générations.
Ce choix s’avérera déterminant. Au fil des années, des liens se tissent entre professionnels et non-professionnels, entre grimpeurs, randonneurs, plaisanciers et responsables associatifs. Des dirigeants du CAF, de la FFME et d’autres structures s’investissent progressivement ensemble dans le projet associatif.
Cette capacité à dépasser les appartenances initiales constitue sans doute l’une des plus belles réussites de l’association : avoir transformé une inquiétude commune en une communauté soudée, attachée au dialogue et à une vision partagée des Calanques.
L’association n’a pas été créée parce qu’elle était la plus légitime ; elle a été créée parce qu’à ce moment précis, aucune autre structure ne pouvait légitimement rassembler tout le monde.
Une identité qui s’est construite dans le temps
Trois caractéristiques ont progressivement façonné l’association.
Une association nouvelle pour rassembler
En 2009, aucune structure historique n’était véritablement en mesure de fédérer l’ensemble des acteurs concernés. La création d’une association nouvelle, sans passif et sans prééminence sur les autres, a permis de créer un espace de rassemblement inédit.
Une association née de la grimpe, mais ouverte à tous
L’étincelle initiale est venue des grimpeurs, directement concernés par le projet de réserves intégrales sur les falaises maritimes. Mais l’ambition a immédiatement dépassé cette seule pratique pour s’adresser à l’ensemble des activités douces de pleine nature.
Une communauté qui s’est construite dans la durée
Au fil des années, des liens forts se sont tissés entre professionnels et non-professionnels, grimpeurs, randonneurs, plaisanciers et responsables associatifs. Cette capacité à dépasser les appartenances d’origine constitue aujourd’hui l’une des plus belles réussites de l’association.
De la pratique de l’escalade au territoire
Au fil des années, l’association a progressivement élargi son regard. Née d’une problématique liée aux falaises, elle s’est ensuite investie dans la préservation des patrimoines matériels et immatériels des Calanques, qu’il s’agisse de lieux emblématiques, de mémoire collective ou de projets de territoire.

2009, création de l’association
Création de l’association : 1er octobre 2009 – Nom de l’association à l’origine : Des Calanques et des Hommes. En 2024, le nom change pour Des Calanques, des Femmes et des Hommes
Parution au journal officiel le 10 octobre 2009 (article 186)
Récépissé de déclaration de création du 30 septembre 2009 No W133013039
Membres fondateurs : André BERNARD, Fernand FERREIRA, Samuel GUILLAUME, Cédric TASSAN
Calanques, Un siècle d’amour et de vigilance
À la demande des fondateurs de l’association, Jacky Plauchud Vaucher et Barney Vaucher rédigent en 2009 Un siècle d’amour et de vigilance. Ce travail donnera naissance en 2012 à un ouvrage consacré à l’histoire de la protection des Calanques.

Une mobilisation citoyenne qui change la donne (2009-2010)
Quelques mois après sa création, l’association est confrontée à ce qui deviendra sa première grande action collective.
Le projet de réserves intégrales porté dans le cadre de la préfiguration du futur Parc national prévoit d’importantes restrictions sur les falaises maritimes. Pour de nombreux usagers, cette proposition apparaît disproportionnée et élaborée sans concertation suffisante.
Très rapidement, une mobilisation citoyenne d’ampleur se met en place. Une pétition rassemble plus de 12 000 signatures et suscite un important débat public. La question dépasse alors largement le seul cercle des pratiquants d’activités de pleine nature : elle interroge la manière dont doit se construire la protection des Calanques.
L’association choisit de ne pas s’enfermer dans une posture d’opposition. Elle participe au débat en formulant des propositions alternatives de réserves intégrales, notamment sur le Cap Canaille, les espaces entre œil de verre et Devenson ainsi que Cortiou, afin de démontrer qu’il est possible de concilier les objectifs de préservation de la biodiversité avec le maintien de pratiques historiques respectueuses des lieux.
Le 12 janvier 2010, la Une du journal La Provence contribue à donner une visibilité importante à ce débat et marque un tournant dans la prise en compte des inquiétudes exprimées par de nombreux citoyens.
Cette première mobilisation façonne durablement l’identité de l’association. Elle en fixe les principes d’action qui demeurent encore aujourd’hui : s’informer, dialoguer, proposer et défendre une approche équilibrée associant protection de la nature, connaissance des lieux et participation citoyenne.

La pétition
Plus de 12 000 citoyens se mobilisent pour défendre une vision équilibrée de la protection des Calanques
La Une de La Provence du 12 janvier 2010
La mobilisation citoyenne contribue à faire évoluer le projet initial de réserves intégrales.
Article de Valérie Simonet qui a été d’une aide précieuse pour la défense de notre projet. Dès le lendemain de cette couverture, à l’occasion d’une réunion avec Guy Teissier (Président du GIP) et Lionel Royer Perrault (Vice Président), le projet des réserves intégrales mourait dans l’œuf. Nous avions gagné !


Propositions alternatives
L’association n’a pas fait que contester. A cette époque nous avions fait des propositions alternatives sur le cap Canaille, sur la partie entre l’oeil de Verre et le Devenson ainsi que sur Cortiou. Ces propositions n’ont jamais été retenues par le PNC. Il n’y a donc pas de réserves intégrales pour l’instant dans le parc national des Calanques.
Quinze années de vigilance, de dialogue et de transmission (2010-2026)
Après l’épisode fondateur des réserves intégrales, l’association poursuit son engagement au gré des enjeux qui traversent les Calanques et leurs abords.
Les sujets évoluent, mais la méthode demeure la même : observer, s’informer, dialoguer, proposer et agir lorsque cela paraît nécessaire.
Au fil des années, l’association s’engage sur des dossiers très divers : pollution industrielle avec les boues rouges, cohérence des projets d’aménagement aux portes des Calanques, accès aux espaces naturels, préservation des pratiques de pleine nature, entretien du patrimoine ou encore participation aux débats publics.
Certaines actions relèvent de la vigilance citoyenne. D’autres prennent une dimension très concrète, comme les opérations de nettoyage des falaises ou la sauvegarde puis la restauration de l’abri Azémas, lieu emblématique de la mémoire des Calanques.
Parallèlement, l’association s’attache à maintenir des relations de travail avec les institutions, convaincue que la protection durable des Calanques ne peut se construire ni dans l’affrontement permanent, ni dans les décisions unilatérales, mais dans un dialogue exigeant et respectueux. Quinze ans après sa création, l’association reste fidèle à son idée fondatrice : préserver les Calanques en conciliant la protection des milieux naturels avec les usages, les pratiques et les héritages qui contribuent à leur identité.
Les pins de la discorde (2018)
Défendre les Calanques, c’est aussi interroger la cohérence des projets d’aménagement à leurs portes.


2026, Azémas restauré
Préserver la mémoire des lieux, c’est aussi agir concrètement sur le terrain.
Les enjeux évoluent, mais l’attachement aux Calanques demeure.

2009 : création de l’association
Quelques dates
2009 : pétition contre les réserves intégrales
2010 : abandon du projet initial de réserves intégrales
2012 : création du Parc national
2015 / 2016 : dossier boues rouges
2024 : relance de l’association
2025 : membre du comité d’experts concernant les interdictions spatiales et temporelles de l’escalade.
Conclusion : une chaîne de transmission qui se poursuit
L’histoire des Calanques ne s’écrit ni par périodes isolées ni sous l’action d’un seul acteur. Elle est le fruit d’une succession de femmes et d’hommes qui, depuis plus d’un siècle, ont su regarder plus loin que leur propre époque.
Chaque génération a rencontré ses propres enjeux, ses propres débats et ses propres défis. Mais toutes ont partagé une même conviction : les Calanques constituent un patrimoine exceptionnel dont la préservation exige vigilance, connaissance, humilité et dialogue.
Depuis 2009, Des Calanques, des Femmes et des Hommes s’inscrit dans cette continuité. Comme celles et ceux qui l’ont précédée, l’association contribue, à sa mesure, à faire vivre un équilibre fragile entre la protection des milieux naturels, la mémoire des lieux et les usages qui ont façonné les Calanques au fil des générations.
Préserver les Calanques, c’est finalement préserver un équilibre fragile entre des patrimoines naturels remarquables et les femmes et les hommes qui les parcourent, les étudient, les transmettent et les aiment depuis des générations.
En quelques mots :
Une association née d’une inquiétude, consolidée par une mobilisation et durablement construite autour du dialogue et des propositions.
