Calanques,

« Entre falaises et convictions : l’histoire d’un grimpeur engagé »
Auteur : Jean DEVAUD

Au début, les Calanques étaient un petit paradis au bord de la ville, comme une île déserte, juste là, mais inconnue de tous.

J’ai découvert ce paradis très jeune. Coup de foudre. J’ai commencé par vouloir tout connaître : chaque crique, chaque paroi, les vallons sauvages, les bivouacs connus des seuls initiés, les petites grottes cachées. Pendant longtemps, les Calanques, c’était l’escalade avec les copains, la rigolade, les balades et les baignades, les chansons et le rire.
Tout ce temps passé à parcourir mes Calanques, à y vivre, m’a permis d’observer des faucons disputant leur territoire aux gabians, des stations d’herbe à Gouffé ou des cristaux d’aragonite — pour ne prendre que trois exemples parmi d’autres. J’ai toujours été totalement conscient de la valeur de cette nature « sauvage », juste derrière la maison.

Plus tard est venue la conscience des menaces. Elles ont existé de tout temps. Et toujours, les amoureux de ce petit bout de terre ont eu à cœur de le défendre contre des projets dévastateurs — et ils ont réussi leurs combats.
Pour moi, la conscience de ces menaces est venue avec le nouveau Plan d’Occupation des Sols, comme on disait à cette époque, proposé en 1992 à Marseille. Celui-ci organisait l’urbanisation et la transformation irréversible de certaines Calanques : Sormiou, Morgiou, Callelongue, entre autres.
De cette menace est né un combat pour la sauvegarde de ce minuscule territoire. Pour la première fois, je me suis senti obligé de militer pour les Calanques. Cette lutte a été couronnée de succès et l’ensemble des modifications du POS dans le périmètre des Calanques a été abandonné.

Une autre menace, apparue d’abord avec le Groupement d’Intérêt Public, puis avec la création du parc national, a été l’exclusion de l’humain dans les Calanques.
L’existence du parc est due à la lutte des amoureux de la nature pour les Calanques. Et par un étrange retournement de situation, le GIP, via les réserves intégrales, puis le parc national, se retourne contre ceux-là mêmes qui ont mené le combat pour la préservation de cet espace naturel. Il a donc fallu militer pour pouvoir préserver l’accès à cet espace que nous avions contribué à sauvegarder.
De ce combat est née l’association Des Calanques et des Hommes, en 2009. C’est grâce à l’action de cette association, et en particulier à celle de ses membres fondateurs, que les activités douces de pleine nature ont été reconnues comme activités historiques et patrimoniales par le parc national des Calanques.

Il est nécessaire de protéger cette extraordinaire nature. Nous sommes maintenant tous conscients que le monde est un espace fini, qui doit être préservé. L’extinction d’une espèce est irréparable.
Je le sais d’autant plus que, pour moi, être grimpeur, c’est tout autant être amoureux de la nature. Les oiseaux nicheurs, gabians ou faucons, je les côtoie en grimpant. Il est donc normal, et j’accepte, qu’un secteur soit interdit au moment de la nichée.
Partage des lieux et du temps.
Ce partage est celui qui a prévalu depuis la naissance du parc : une cogestion intelligente, qui permet l’acceptation des mesures d’interdiction temporaires.

À l’automne 2024, un changement de politique du parc est survenu. Cette nouvelle politique est l’interdiction a priori de secteurs entiers, comme par exemple une grande partie du cap Morgiou, toute l’année sauf deux mois en fin d’été. L’interdiction n’est levée que si le parc constate l’absence ou la fin d’une nichée. L’arrêté d’interdiction est pris pour cinq ans, le tout en abandonnant toute concertation et la cogestion avec les différentes associations d’amateurs d’activités de pleine nature, qui avaient pourtant fait leurs preuves jusque-là.

Ce renversement de paradigme m’a poussé à rejoindre l’association, devenue depuis cet hiver Des Calanques, des Femmes et des Hommes, et à œuvrer, à mon niveau, pour retrouver un dialogue constructif avec le parc — afin que les amoureux de nature, qui ont été historiquement les premiers défenseurs des Calanques, n’en soient pas exclus, parce que marcheurs ou grimpeurs.
Aujourd’hui, le dialogue a pu être rétabli avec le parc, après d’intenses communications sur les réseaux sociaux et différentes réunions avec les instances officielles.
Lorsque l’on est obligé de manifester afin de se faire entendre et de ne pas subir des décisions verticales, on est toujours dans un certain rapport de force, même s’il est amical.
Comme toujours dans ces rapports de force, le nombre de militants est un argument qui compte.

Actuellement, il existe de nombreux autres sites en France où la possibilité de se réaliser en pleine nature est remise en cause, pour différents motifs : administratifs, écologiques ou autres. Que cela soit à Châteaudouble, au niveau de la barrière Est du Vercors, en Chartreuse, à Presles ou à la Tournette, ces différentes interdictions démontrent à quel point il est urgent de se regrouper et de rester vigilant sur la défense du libre accès à la nature.
Personne d’autre ne sera aussi attaché à défendre la possibilité de circuler, de marcher ou de grimper, plus que nous.
Mais cette défense passe obligatoirement, pour moi, par le nombre, par l’adhésion aux différentes associations comme Des Calanques, des Femmes et des Hommes, par notre constante vigilance à ce que les interdictions soient ponctuelles, limitées, raisonnées — et surtout, que l’on soit acteur et codécideur.

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